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"Message pour le tourteau fromagé: Chaumette est notre seul ami, vous devez lui faire tous confiance ". C'est par ce message diffusé à la mi-août 1944 que Koenig, le responsable des opérations militaires de la France Libre à Londres nommait le chef de la résistance unie en Deux-Sèvres: Edmond Proust.

L'homme qui accédait ainsi à une responsabilité majeure en un moment crucial pour l'avenir du pays était loin d'être un inconnu.

 

Le fondateur de la MAIF

 Edmond Proust était né le 20 octobre 1894 à Chenay. Il entre à l'école normale de Parthenay en 1912. L'un de ses camarades de promotion, Emile Eugène, le décrit ainsi:

" C'est un beau jeune homme, de taille au-dessus de la moyenne, d'allure dégagée, dont le visage au teint mat, éclairé par deux yeux vifs au regard clair et droit, est encadré d'abondants et longs cheveux d'un noir de jais...

Doué d'une claire intelligence alliée à une exquise sensibilité, animé d'une énergie morale peu commune au service d'un sens élevé du devoir, il exerce, sans le vouloir, une influence toujours saine et heureuse sur tous ses camarades..

Tous, nous subissons inconsciemment dans doute, l'ascendant du chef qu'il révèle déjà en lui..."

La première guerre mondiale le voit mobilisé au 32° R.I. Sous-lieutenant en octobre 1918, il n'est démobilisé qu'en septembre 1919. Il s'est battu aussi bien en Argonne qu'en Champagne, sans oublier l'enfer de Verdun: son courage et sa bravoure lui ont valu la croix de guerre avec palme.

Dès la rentrée 1919, il est affecté comme instituteur à Saivre, patrie d'un autre grand résistant (le général Faucher) puis, trois ans plus tard au hameau de Perré dans la même commune, où il accomplira la totalité de sa carrière enseignante jusqu'en octobre 1949. Car lui qui aurait pu, après la deuxième guerre, prétendre à des postes très importants, retournera, une fois sa tâche héroïque accomplie, à son école comme si de rien n'était.

Comme la grande majorité des instituteurs issus de l'école normale, Proust était fermement laïque et républicain. Il n'hésitait pas à défendre l'école et les valeurs laïques qui y étaient attachées lorsqu'elles paraissaient menacées.

Cela explique son engagement dans le petit groupe des fondateurs de la MAAIF (Mutuelle d'assurance automobile des instituteurs de France) qui crée la première mutuelle d'assurances automobile, d'inspiration nettement anticapitaliste. L'année suivante, Edmond Proust est nommé président de la mutuelle lors de la première assemblée générale tenue à Fontenay-le-Comte et décide son transfert à Niort. Dès lors, la mutuelle va  occuper une grande place dans sa vie, au point que, même pendant la guerre, il continue de se rendre au siège niortais, y compris à vélo lorsqu'il ne peut faire autrement, et qu'au plus fort de la chasse à l'homme que lui livre la Gestapo, il se fera tenir au courant de son activité.

 

L’engagement dans la Résistance

 Arrive le deuxième conflit mondial. Proust est mobilisé de nouveau. La défaite submerge son unité comme le reste de l'armée française. Il est fait prisonnier  et emprisonné à Nuremberg entre septembre 1940 et août 1941. Grâce à une amnistie en faveur des anciens combattants de 1914-1918, il put regagner les Deux-Sèvres. Mais nul n'en doutait autour de lui: c'était pour reprendre immédiatement le combat contre l'occupant et l'oppresseur. Son engagement dans l'OCM en fut une démonstration éclatante.

Nouveau chef départemental de l'OCM après les arrestations d'août 1943, Edmond Proust (pseudo Gapit) s'entoure d'une nouvelle équipe de direction et  réorganise  le mouvement.

  

Le chef des FFI

 Peu après, il  accède à la direction de l'AS qui regroupe, à partir de l'automne 1943, les restes de l'OCM et Libé-Nord, mouvement d'orientation socialiste plutôt implanté dans le Sud du département.

Mais le 18 février 1944, la Gestapo frappe à nouveau, et vise directement la tête. Elle s'en prend ce jour-là à tout l'état-major départemental de l'AS.

Suite à l'arrestation du général Faucher, survenue en janvier 1944, Edmond Proust se sentait menacé. Vivant dans l'inquiétude de se réveiller pris dans la nasse allemande, Gapit quittait son domicile chaque nuit et allait dormir chez des voisins sûrs.

Le 18 février, arrivant à son école, il aperçoit la Gestapo qui s'apprête à l'encercler. Opérant alors  une retraite aussi rapide que prudente, il réussit à se défiler dans un champ de topinambours qui borde le derrière de l'école.

Pendant trois semaines, Edmond Proust se terre. La nuit tombée, il gagne le refuge qu'il avait pris la précaution de se réserver en cas de besoin. Il s'agit du logis de la Bidolière, fièrement perché au-dessus de vallée de la Sèvre, face au Breuil de Sainte-Eanne. Edmond Proust se cache toute la journée dans la partie haute du logis et ne sort de sa tanière que la nuit, à la faveur de l'obscurité.

Pour tenter d'accréditer l'idée d'une fuite en Angleterre, qui permettrait de desserrer l'étau de la Gestapo, on fait passer à la BBC le message suivant: "Obterre [c'est le premier prénom - non usité - d'Edmond Proust] et Lina bien arrivés. Bon courage à tous. A bientôt."

Prudent, Proust reste trois semaines sans donner de nouvelles. Tous ses subordonnés le croient donc en Angleterre, les Allemands peut-être aussi.

Quelle ne fut donc pas la surprise des époux Marsteau, Suzanne et René, tous deux instituteurs à l'école de Sainte-Eanne et responsables de Libé-Nord, puis de l'AS, ayant échappé à la rafle du 18 février, de voir arriver, un beau soir de mars, Edmond Proust à leur domicile:

" La tentative d'arrestation de Proust, dira plus tard René Marsteau, fut pour nous un moment de consternation. Nous étions cependant certains que, libre, il ne pourrait rester loin de la lutte et il savait que le point de ralliement pour les rescapés était l'école de Sainte-Eanne.

En effet, trois semaines plus tard, nous le vîmes apparaître un soir dans la nuit, vêtu d'un vieux costume, rendu méconnaissable par une barbe hirsute. Avec lui, revenaient l'espoir et la sérénité.

Un quart d'heure après, nous étions au travail..."

Gapit changeait alors de pseudo pour devenir Chaumette. La Libération des Deux-Sèvres était alors en vue. Et le 15 août 1944, il devenait chef des FFI qui réunissaient tous les résistants, ceux de l'AS (Armée Secrète) comme ceux des FTP (Francs Tireurs et Partisans).

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